Sila Bah du PGRP: ‘’il ne reste au peuple de Guinée que la rue pour s’affirmer’’ (interview)

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Conakry- Dans une interview exclusive accordée à notre rédaction, le député Alpha Ibrahima Sila Bah du Parti Guinéen pour le Renouveau et le Progrès s’exprime sur l’échec du dialogue politique, les critiques du camp présidentiel, les raisons de son divorce avec Alpha Condé, l’alliance UFDG-FPDD, la loi controversée sur la gestion des manifestations politiques….

Lisez:

Un accord d’étape vient d’être signé sans l’opposition, est-ce qu’on peut savoir les motivations de votre refus ?

L’opposition était partie à ce dialogue avec des consignes précises par rapport aux points qu’il fallait discuter et adopter. Quand elle s’est retrouvée face à la mouvance et les modérateurs du dialogue, on leur a présenté un document qui ne reflétait nullement les accords auxquels on était arrivés. La délégation de l’opposition a refusé de signer parce qu’il s’agissait tout simplement d’une mascarade de dialogue. Ce qui est étonnant dans ce dialogue, des observateurs se sont permis de signer un tel document alors que l’autre protagoniste ne l’a pas signé. Parmi tous les points discutés, il n’y a que deux points qui avaient reçu l’aval de l’opposition. Les autres points n’avaient pas requis le consensus.

On a appris qu’il y a des consultations informelles en vue de rapprocher les positions. Où en est-on ?

Il n’y a aucun conflit qui se termine sans qu’il ne finisse par un dialogue, quelque soient les difficultés qu’on éprouve à organiser ce dialogue. L’ambassade des Etats-Unis avait dit qu’elle allait poursuivre les consultations. Nous n’avons pas encore été réunis (au sein de l’opposition, ndlr) pour rendre compte de ces consultations. Mais je suppose qu’elles aient eu lieu

La mouvance accuse l’opposition de vouloir contourner l’Assemblée nationale pour imposer le consensus. Que répondez-vous ?

Tous les actes posés par ce gouvernement ne font que confirmer sa volonté de se maintenir au pouvoir par la force ou par des élections frauduleuses. Le président de la République, lui-même, a déclaré qu’il ne pouvait pas organiser des élections et les perdre. Ce qui veut dire qu’il partait gagnant. La structure qu’il a mise en place lui assure que cette fraude va avoir lieu. Et il sortira victorieux de ce scrutin quelque soient les discussions que nous aurons. Il en est de même l’Assemblée nationale qui se trouve être paralysée par le refus d’acceptation de l’autre et le dialogue. Pour eux, dialoguer c’est aller dans le sens de ce que veut le gouvernement. Vous avez vu, ils ont profité de l’absence de l’opposition pour voter une loi autorisant les forces de sécurité à faire l’usage des armes à feu contre leur propre peuple.

Mais le président du groupe parlementaire de la mouvance a nié l’existence d’une telle loi

Cette loi existe bel et bien. Je pense qu’elle n’est pas encore promulguée mais elle a été votée. Nous avons vu le projet de loi qui a été soumis à l’Assemblée nationale. Ce qui est surprenant, les donzos qu’ils ont recrutés et armés tournent leurs fusils contre le peuple dont ils émanent. C’est vraiment incroyable et inacceptable parce que l’armée est là pour protéger les biens de la population et l’intégrité du territoire national.

Dans vos revendications, vous demandez la recomposition de la CENI et vous voulez passer par le consensus en contournant l’Assemblée nationale dont vous êtes membres. Est-ce que vous n’êtes pas en contradiction avec vous-même?

Dans un pays normal, on fait recours au consensus lorsque la loi, dans son libellé, est sujette à diverses interprétations. Là on est obligés de s’asseoir et de trouver un consensus. Tel n’est pas le cas. Ici, la loi est souvent très claire, mais elle n’est acceptée que lorsqu’elle va dans le sens de ce que ce gouvernement veut. Autrement, elle est rejetée d’un revers de main. C’est ce que nous déplorons et cela peut avoir des conséquences très graves pour le pays.

Face à l’impasse politique, quelle solution de sortie de crise préconisez-vous ?            

Les options qui nous restent sont très limitées. Moi je pense que ce qui est essentiel, c’est l’organisation d’élections libres, inclusives et transparentes. Ceci constitue le gage de paix future parce que sans ça, il n’y aura pas de paix durable et de développement.

Il faut également l’implication du système des Nations unies à travers une supervision directe des élections et dans l’ensemble du processus électoral.

En dehors de cela, il ne reste au peuple de Guinée que la rue pour s’affirmer. Nous sommes à l’abattoir par ce régime qui ne voit que ses intérêts propres et que par conséquent il faut qu’on sorte de la politique politicienne.

Donc pour vous, il faut un soulèvement populaire pour faire changer la gouvernance actuelle?

Il n’y a pas d’autres issues. Quand vous croyez en certaines valeurs mais vous êtes prêts à mourir pour ces valeurs. C’est pour cela que dans toutes les nations qui se sont formées, il y a eu des problèmes qui se sont posés. Lorsque la France a été envahie par l’Allemagne nazie, malgré toutes les difficultés qu’ils avaient, ils se sont levés. La Chine, c’est la même chose.

Un peuple s’engage parce qu’il veut sortir de la misère et mettre en place des institutions fortes pour jouir des richesses dont le pays est doté.

Alliance UFDG-FPDD, quel commentaire en faites-vous ?

Au sein de l’opposition, nous partageons une vision commune de la nécessité de mettre en place des institutions démocratiques pour le développement du pays à travers des élections inclusives, libres et justes. C’est ce qui nous lie en tant qu’opposition.

Pour les alliances de circonstance, moi je ne suis pas de ceux qui pensent qu’on peut s’allier à n’importe quoi et à n’importe qui pour tout simplement parvenir au pouvoir.

Le pouvoir conquis pour le pouvoir ne sert à rien. On vient au pouvoir pour remplir une vision qu’on a par rapport aux besoins de ses populations.

En tout cas les valeurs qu’on m’a inculquées ne me permettent pas de s’associer avec n’importe qui et à n’importe quoi pour parvenir à mes fins.

Vous voulez dire en substance que si c’était au niveau de votre formation politique, vous n’alliez pas signer une telle alliance avec Dadis Camara ?

Non. Je pense que le parti a des valeurs pour les quelles nous nous battons. Quand ces valeurs sont transgressées, notre raison d’exister n’existe plus. Nous n’allons pas trahir ça parce que c’est le document de base sur lequel le parti est fondé.

Vous savez, c’est ce qui m’a poussé à quitter le mouvement Arc-en-ciel (alliance qui a porté le président Alpha Condé au pouvoir, ndlr). C’est lorsque j’ai senti qu’il a failli aux engagements qu’il avait signés conformément à notre protocole d’entente pour les élections de 2010. Nous avions souligné la nécessité de procéder à la réconciliation nationale, mettre en place d’institutions fortes avec la séparation des pouvoirs, la reforme de la justice, engager des actions fortes pour sortir le pays de la misère.

Le constat qu’on fait aujourd’hui, tous ceux qui entourent Alpha Condé se sont des personnalités qui ont participé d’une manière ou d’une autre à la gestion antérieure du pays. Ils connaissent comment les choses se faisaient. Et c’est ce que lui, il veut connaitre. Toutes ces astuces que Lansana Conté faisait pour se maintenir au pouvoir. C’est ce type de régime qui l’intéresse. C’est pourquoi je me suis éloigné de lui.

A suivre la suite de l’interview par vidéo

Interview réalisée par Abdoulaye Maci Bah pour Afrinews

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