Montreuil: l’incroyable quête aux passeports guinéens

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Montreuil, ce mercredi. Ils sont des centaines de ressortissants guinéens à entamer des démarches pour obtenir leur passeport, un document susceptible de leur permettre l’obtention d’une carte de séjour. (LP/C.N.)

Certains patientent depuis une heure du matin, pour d’autres, voilà deux semaines qu’ils viennent et reviennent sans cesse à Montreuil.

Depuis le 15 avril et jusqu’à ce jeudi, l’ambassade de Guinée a ouvert une annexe éphémère pour permettre à ses ressortissants de demander un passeport biométrique.

Sans lui, ils ne peuvent obtenir de carte de séjour et demeurent en situation irrégulière, incapables de rester légalement en France ni de retourner en Guinée.

Ils sont des centaines. Chacun d’entre-eux espère qu’on appelle son nom. Les plus chanceux ont trouvé une chaise pour rendre l’attente moins pénible. Les femmes enceintes et les enfants sont mis à l’ombre. Pour pouvoir déjeuner, il faut s’organiser : un homme va chercher à manger en toute vitesse, un autre attend à sa place, au cas où il soit appelé.

Ils arrivent d’un peu partout : Chambéry, Dunkerque, Bordeaux… « Nous sommes venus de Savoie. explique Mathilde Bouchet, une éducatrice qui accompagne deux mineurs demandeurs. Nous sommes là depuis dimanche. L’un a eu ses papiers mais l’autre attend encore. Sans ce passeport, il ne pourra pas obtenir son stage et devra arrêter ses études. »

« Hier, on est resté jusqu’à 21heures » Boubacar Sall, 17 ans

(LP/C.N.) « Ici, il faut avoir de la chance. » Boubacar Sall, un mineur isolé de 17 ans, attend son tour avec son éducatrice. « On est venu en voiture d’Auxerre, avec quatre jeunes du foyer. On a d’abord fait la demande de carte consulaire à l’ambassade de Guinée pour venir déposer les papiers ici. Maintenant, on attend d’être appelé pour faire nos empreintes et nos photos. Hier, on est resté jusqu’à 21 heures. Les gens sont patients, mais au bout d’un moment certains commencent à s’énerver. » Mardi, la police est intervenue suite à des débordements : « Des personnes ont essayé de forcer l’entrée parce qu’ils attendent depuis des jours et que les agents de sécurité leur ont dit qu’ils ne pouvaient plus prendre leur dossier. C’est inadmissible. »

Certains ont fait le voyage d’Italie ou de Belgique… Un commerçant du quartier a accueilli une femme venue de Suisse, avec ses trois enfants en bas âge. « Elle est venue se mettre au sec, quand il pleut, ils n’ont nulle part où s’abriter. Ils ne nous dérangent pas et les voir se morfondre comme ça, toute la journée, c’est horrible. »

A cette attente interminable s’additionne un manque cruel de communication. Après avoir déposé les papiers qui enclenchent la démarche, les ressortissants patientent de deux à quatre jours pour venir finaliser leur dossier. Mais ici, pas de numéro ou d’ordre précis, la sécurité les appelle au compte-gouttes.

« Nous n’avons aucun renseignement, témoigne Diaby Lamine, un habitant parisien de 32 ans. Nous sommes obligés de prendre des jours de congé, de laisser les enfants pour ceux qui peuvent, mais sans réellement savoir quand ce calvaire se terminera. » A Montreuil, l’opération se termine ce jeudi. D’autres annexes de l’ambassade ouvriront, à Lyon du 9 au 19 mai et à Nantes du 23 mai au 1er juin.

Le Parisien




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