Crise interne à l’UFDG: ‘’Certains m’avaient enterré’’, accuse Bah Oury (interview exclusive)

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L’opposant Bah Oury ne décolère pas. Après les déclarations du samedi dernier de Cellou Dalein et de certains responsables des structures du parti l’invitant à rejoindre les rangs, le premier vice-président a répliqué ce lundi dans une interview accordée à notre rédaction.

Lisez:

Au cours de l’assemblée générale hebdomadaire de votre parti samedi dernier, Cellou Dalein Diallo vous a adressé ‘‘un dernier appel celui de rejoindre les rangs ‘’. Quelle est votre réaction?

Je ne me sens pas concerné par son message parce que je suis de l’UFDG. Je reste UFDG et je veux mourir UFDG. Peut-être son message d’après ce que j’ai appris, c’est comme si Bah Oury n’était pas de l’UFDG. Je le regrette. Malgré l’exil, je suis de l’UFDG aujourd’hui et demain. Certains m’avaient enterré. Ils avaient cru que j’étais mort. Ils m’avaient exclu pendant tous le temps que j’étais en exil. Je n’ai pas été associé à toutes les activités politiques de l’UFDG. Je les apprenais en lisant les sites, et en écoutant les radios. Mais vous pouvez convenir avec moi que ce message ne s’adresse pas à moi.

Vous n’avez pas peur d’une exclusion du parti ?

Je vous ai dit que ce message ne s’adresse pas à Bah Oury.

Toujours au cours de cette même assemblée générale, les représentants des jeunes, des femmes, des députés et des structures à la base de Conakry et environnants ont clairement pris position en faveur de Cellou Dalein. Comment avez accueilli cela?

Je pense que le spectacle qu’ils offrent ne correspond pas à l’image et à la vision que je nourris pour l’UFDG. Je veux un parti démocratique. Comment peuvent-ils soutenir de manière inconditionnelle un d’entre nous sans qu’il n’y ait un débat approfondi pour passer en revue le bilan politique de la gestion du parti. Donc, ça veut dire qu’il n’y a pas de débat. Ça frise une dictature et toute dictature est appelée à être abattue.

Entre temps, est-ce que vous avez cherché à les rencontrer?

Je reçois du monde comme vous pouvez le constater. Des hommes et des femmes viennent me rendre visite. Et je suis suffisamment chargé pour chercher à prendre contact avec ceux qui d’ores et déjà, avant même qu’il y ait un débat au sein du parti à travers une convention nationale tel que le stipule le parti, eux, ils ont déjà fait leur choix. Libre à eux. Mais, je suis sûr qu’ils ne représentent qu’une minorité qui veut manipuler le parti et de ce point de vue, j’en appelle au peuple militant de l’UFDG de faire du parti ce que nous avons toujours voulu. C’est-à-dire un parti ouvert, un parti d’avenir, un parti qui permet de construire une réelle démocratie. Et nous voulons un parti qui gagne et non une UFDG godillot qui exclu et insulte ses responsables et qui se comporte de manière irresponsable. Je veux une UFDG qui permet qu’on puisse être fier d’appartenir à ce grand parti et nous allons nous donner les moyens pour que cette image et cette réalité soient restaurées.

Vous parler d’injures. Cellou a dit qu’il vous connaissait moins ‘‘arrogant’’ et ‘‘insultant’’, mais que cette fois-ci c’est un autre Bah Oury qui est revenu.           

C’est son propos. Je ne commente pas les propos de quelqu’un d’autre. Moi, je sais et vous êtes témoins. Vous avez entendu certains d’entre eux parler. Moi, je n’ai jamais insulté qui que ce soit. Mais, je suis contre qu’on insulte et qu’on menace. Ils ont dit de tas de choses, je préfère ne pas revenir là-dessus parce que je sais que nous n’avons pas la même vision politique, nous n’avons pas la même éducation. En réalité, je respecte mes adversaires à plus forte raison des gens supposés être de partenaires politiques dans le même parti que moi.

Est-ce qu’on peut s’attendre à votre retour au sein du parti ?

Non, je ne suis jamais parti. Je mène des activités du parti et ils continuent les leur avec leur soutien inconditionnel. Le vendredi, je serai au bureau exécutif pour saluer l’institution politique qu’est l’UFDG. Et le samedi, je serai à l’assemblée générale pour m’adresser aux militants.

Est-ce que vous ne craignez pas de violences ce jour entre vos proches et ceux de Dalein?

Je suis descendu le 24 janvier à l’aéroport pour aller directement au siège. Je n’ai pas attendu que quelqu’un me dise ce qu’il faut faire. Certains, après avoir dit de ne pas accueillir Bah Oury se sont rangés à la dernière minute en disant qu’ils vont l’attendre au siège, libre à eux de faire ce que bon leur semble. Mais, moi, je considère que le siège de l’UFDG est ma maison. Il y sera en toute quiétude et en toute sérénité.

Ne craignez-vous pas des affrontements au cas où on empêche vos proches d’y accéder?

Ceux qui agiront de cette manière subiront les conséquences de leurs actes.

Nous avons appris qu’une médiation pilotée par le grand imam de Labé et Elhadj Bano de Pita est en cours. Est-ce que vous confirmez cette information?    

Vous m’apprenez quelque chose dont je ne suis pas au courant.

On vous soupçonne de se rapprocher de la mouvance présidentielle d’autant plus que le jour de votre retour toutes les personnes auxquelles vous avez adressé des remerciements sont des proches du pouvoir. C’est le cas de Diallo Sadakaadji et de Bah Ousmane. Qu’en dites-vous?

Soyons un peu plus sérieux. Ceux qui font du bien faut-il les insulter ou les remercier? Je suis un homme de principes. C’est la raison pour laquelle certains actes je les qualifie publiquement et je rends à César ce qui appartient à César. Ceux qui ont fait de choses bien, je leur dis merci. Je remercie par la même occasion le chef de l’Etat qui a bien voulu gracier 171 personnes dont moi-même. Je considère cela comme un premier pas dans le bon sens pour une véritable décrispation politique dans le pays et je souhaite qu’on puisse aller au-delà pour qu’il n’y ait aucun détenu politique en Guinée. C’est ça ma priorité dans la phase actuelle. Toute personne qu’elle soit de la mouvance ou de l’opposition ou étrangère qui va dans ce sens, qui m’apporte et apporte le concours pour que cela puisse être, pour permettre au Pr Alpha Condé d’enclencher un vaste mouvement de décrispation politique à travers la libération de l’ensemble des détenus politiques, je le remercierai. Vous avez cité des personnes que j’ai remercié, mais vous n’avez pas cité l’amical de l’association du comité de soutien aux détenus politiques qui sont de jeunes gens qui ont fait beaucoup de choses. En fait, il y a beaucoup de gens qui se sont activés que je ne connais pas qui ont permis qu’on soit là aujourd’hui. En fait, je remercie toutes les personnes qui ont œuvré pour que nous enclenchions ce processus et je les encourage à ce qu’on aille tous ensemble plus loin pour qu’il n’y ait aucun détenu politique en Guinée dans les prochaines semaines.

Certains vous accusent d’entretenir une division entre Labé et Pita. Qu’en dites-vous?

Libre à eux de penser ce qu’ils veulent. Est-ce que j’ai demandé aux gens de venir? Ceux qui ne sont pas venus n’ont qu’à se sentir responsables. J’ai des amis, des parents qui sont venus. Il y a des partis politiques et des responsables des partis politiques qui sont venus me rendre visite qui se trouvent être dans l’opposition. Donc, j’ai des amis dans toutes les communautés. J’avais déjà écrit aux 4 coordinations régionales que dès mon retour je prendrai contact avec elles pour les rendre visite. Je prendrai contact également avec l’imam de la grande mosquée Fayçal et l’archevêché de Conakry pour prêcher toujours dans le même sens. La Guinée a besoin d’un véritable processus de décrispation et j’ai besoin de l’apport de toutes ces forces morales et sociales pour que notre pays avance et sorte d’une période assez tendue.

Vous disiez tantôt qu’il y a des cadres de l’UFDG qui avaient enterré Bah Oury. Vous voulez dire que le parti ne vous a pas assisté financièrement pendant votre exil?

Cela n’a pas d’importance. Il ne faut pas rajouter de l’huile dans le feu.

Interview coréalisée par Abdoulaye Maci Bah, Afrinews.org et Abdoul Malick Diallo, Aminata.com

+224 622 44 99 66

 




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